Paris, Veuve Duchesne, 1767.
4 parties en 4 volumes in-12 : I/ xxxvi pp. préliminaires, 251 pages ; II/ 288 pages ; III/ 300 pages ; IV/ 299 pages et (13) pages de table. Plein veau havane marbré, dos lisses ornés, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge, tranches rouges. Reliure de l’époque.
166 x 95 mm.
« Edition originale du premier ouvrage de Restif, publié sans nom d’auteur. »
P.L. Jacob, Bibliographie de Restif de la Bretonne, 77 à 81 ; J. Rives-Child, Restif de la Bretonne, 197-198.
La Famille vertueuse, roman épistolaire en quatre parties qui se joue dans un milieu franco-britannique, présente l’histoire de deux familles ennemies. Après une chronique de famille, la dernière partie révèle les origines de cette haine qui a marqué la vie de plusieurs générations.
En même temps c’est un roman d’amour ou plutôt de mariage ; tout au long des quatre parties, on suit le chemin vers l’union de la jeune Léonor avec Sir Blaker. Mais pour les lecteurs, les personnages principaux s’estompent dans le fourmillement de personnages, d’événements invraisemblables et de péripéties inattendues. Les histoires et épisodes sans liens apparents avec la trame principale rendent la lecture du roman difficile. Dans sa difformité, le premier roman de Rétif possède presque toutes les caractéristiques du roman populaire de l’époque. Le roman Elisabeth de Mme Benoît a inspiré Rétif à se faire romancier.
Restif raconte lui-même, dans son Monsieur Nicolas (tome VIII, p. 4544) comment il composa son premier ouvrage : « J’étais amoureux de Mlle Bourgeois, et ce fut elle qui me donna l’énergie nécessaire pour écrire. Cette énergie me fit surmonter les premiers dégoûts de cette lassitude de travail qui accompagne les commencements de l’art d’écrire. J’y pris goût enfin, et quelques pensées m’ayant ébloui, comme il arrive à tant de petits auteurs, je crus produire un chef-d’œuvre. Je me rappelle que, les jours de fête, particulièrement consacrés à mon auteuromanie, je passais fièrement dans les rues, en me disant : « Qui croirait, en me voyant, que je viens d’écrire les belles choses de ce matin ! ».
Ce roman est le premier que Restif ait composé et publié ; il prit son temps pour l’écrire, car il en fit deux ou trois mises au net, avant de le donner à l’impression. Il nous raconte lui-même (Monsieur Nicolas, tome IX, p, 2662 et suiv.) comment il devint romancier et comment il réunit les éléments de son ouvrage : « D’abord j’eus l’histoire d’Henriette, arrivée dans la maison de la belle Pâtissière, où j’avais demeuré ; ce trait m’avait été raconté par Bonne Sellier, Ainsi j’eus une base. Pour achever de m’encourager, j’y mis Rose, comme amie de ma Léonore. J’y plaçai une histoire analogue à mon aventure épistolaire avec les deux sœurs, dans l’anecdote des filles de Mounk. J’avais connu quelque chose de relatif au trait d’Adèle ; enfin, j’en savais une très-intéressante, que j’ai déguisée comme celle de Llamas, jésuite, devenu père d’une fille qu’il marie en Californie, pays où l’on est aussi stupide pour le moins qu’au Paraguai. Ce fut avec ces matériaux que je construisis mon premier édifice. »
« je vendis La Famille vertueuse à la dame Duchesne, 15 livres la feuille ; l’ouvrage en fit 51 ; et je me crus très riche ! Jamais si grosse somme ne m’avait appartenu. On imprima, sous ma double direction de prote et d’auteur, chez F.-A. Quillau, dans les 6 premiers mois de 1767, mais l’ouvrage ne parut qu’à la Saint-Martin… « J’avais achevé le manuscrit de « La Famille vertueuse » avec la fin de 1766… on commença l’impression le 20 janvier 1767. J’étais ivre de joie de me voir imprimer. Les 4 volumes furent achevés au mois de mai… je résolus de me consacrer tout entier à la littérature. » (Monsieur Nicolas, t. IX, p. 214-239).
Rare exemplaire en élégante reliure pleine de l’époque.

