A Paris, de l’Imprimerie de P. Didot l’aîné, an V, 1797.
2 tomes en 2 volumes in-12. Tome I : 255 pp., plus 1 portrait en double état et 4 figures en 4 états.
Tome II : 239 pp., plus 4 figures en 4 états et 2 portraits. En tout 3 portraits gravés et 8 charmantes figures par Lefèvre, gravées par Coiny.
Plein maroquin bleu, triple filet doré, dos à nerfs richement ornés, double filet or sur les coupes, roulette intérieure, têtes dorées. Reliure signée Cuzin.
160 x 98 mm.
Le premier et le plus précieux exemplaire cité et décrit par Cohen, col. 48 : « Un bel exemplaire en grand papier vélin, en maroquin bleu de Cuzin, avec les 4 états des figures, 700 fr., vente Delbergue-Cormont (n° 192) ».
L’un des 100 exemplaires du tirage de luxe imprimé au format in-12 sur grand papier vélin avec les figures en double état : eau-forte et avant lettre, ici exceptionnellement en 4 états : contre-épreuves et avec la lettre.
« Cette jolie édition, qui fait partie de la collection dite de Bleuet, se trouve en papier vélin in-18 avec ou avant la lettre. » (Cohen).
L’un des célèbres romans de société du XVIIIe siècle.
En 1738, l’auteur, Françoise d’Issembourg d’Happoncourt, dame de Graffigny (1695-1758) séjourna à Cirey chez Mme du Châtelet, où habitait Voltaire, et sa correspondance assez indiscrète (publiée en 1820 seulement) nous restitue l’image d’un Voltaire saisi sur le vif, hypersensible aux attaques de ses adversaires, obsédé par elles, continuellement aux prises avec les querelles de son amie – bref, « le plus malheureux des hommes ». Venue à Paris en 1739, presque sans argent, Mme de Graffigny y trouva des secours inespérés ; elle se fit connaître par ses « Lettres péruviennes », publiées en 1747, où, par le truchement de son héroïne, qu’elle imaginait brusquement transplantée à Paris, elle faisait une vive critique des inégalités sociales. Ce roman eut un très grand et durable succès ; il a inspiré les réflexions de Turgot.
La publication en cours de sa correspondance complète (depuis 1985) révèle une épistolière de premier ordre, au centre d’un réseau d’informateurs et de fidèles.
Les « Lettres persanes » de Montesquieu ont servi de modèle aux « Lettres d’une péruvienne ».
Arrachée à son Pérou natal, une jeune Inca est ramenée de force en France. Un officier amoureux d’elle la prend son sous aile et tente d’en faire une jeune Française. À son fiancé resté au Pérou, Zilia raconte sa découverte de la France, tout en se languissant de leurs retrouvailles. Peu à peu, elle parvient à retourner à son profit tous ses handicaps : le déracinement, la différence de langue et de culture, le manque d’autonomie. En autodidacte, grâce à la lecture et à l’observation, elle s’instruit. Elle ne choisit ni l’assimilation ni l’oubli des origines, mais une troisième voie, synthèse d’ici et d’ailleurs.
Dans ce roman d’amour par lettres, Françoise de Graffigny fait le récit de l’émancipation progressive d’une femme qui refuse d’être asservie à un protecteur ou un amant. Paru en 1747, l’ouvrage rencontre un extraordinaire succès dans toute l’Europe, déclenchant une véritable mode « à la Péruvienne ». Il est l’un des premiers bestsellers de la littérature française, et l’un des premiers manifestes pour l’indépendance des femmes.
Précurseure du droit à la différence, féministe avant l’heure, déjà critique de l’appropriation culturelle : telle est Françoise de Graffigny, dont il convient de redécouvrir le magnifique roman.
Précieux et magnifique exemplaire, l’un des plus grands connus (H : 160 mm contre 155 mm pour l’exemplaire Carlo De Poortere) parmi les 100 du tirage de luxe sur grand papier orné de la suite des gravures ici exceptionnellement en 4 états : avec la lettre ; avant la lettre ; eau-forte et contre épreuve.
Des bibliothèques Delbergue-Cormont et Henri Bonnasse.


