À Paris, de l’Imprimerie de Iehan le Royer, 1560.
In-folio de (72) ff . sign. A5, B-I4, K6, L4, M5, N-R4, peau de truie estampée à froid avec décor central, dos à nerfs, tranches rouges. Reliure de l’époque.
399 x 268 mm.
Édition originale.
Un artiste protéiforme de la Renaissance, Jean Cousin (circa 1490 ou 1500 – après 1560).
Originaire de Soucy près de Sens, Jean Cousin exerça la fonction de géomètre arpenteur, puis se fît remarquer pour des travaux de peintures à l’abbaye de Vauluisant ainsi qu’en qualité de dessinateur de cartons de vitraux pour la cathédrale Saint-Etienne de Sens… l’église Saint-Florentin de Saint-Florentin (Yonne)… Vers 1538 il part pour Paris, travaille alors pour des lissiers (tapisseries de Saint-Mammès en 1543 pour le cardinal de Givry dont trois éléments sont conservés à Langres et au musée du Louvre), pour des verriers, exécute à nouveau des cartons de vitraux dont ceux en grisaille pour le château d’Anet, et fait les portraits en pied de François Ier et Henri II pour le château de Vincennes…
On connaît de lui aussi des travaux de gravures dont deux burins signés (La Mise au Tombeau, L’Annonciation), d’orfèvrerie, de broderie et d’illustrateur.
Le Livre de perspective est un traité s’inscrivant dans le mouvement initié au début du XVe siècle en Italie où les arts et la science se fondent.
Par une démarche simple et rigoureuse, l’auteur contribue à l’idée que la construction d’une image en perspective répond à un corpus de règles géométriques qui doivent toutes être systématiquement appliquées. Bien qu’influencé par Viator, Cousin s’en démarque en nous proposant une théorie innovante qui consiste notamment à distinguer deux plans de nature différente pour tracer une figure en perspective.
Une esthétique du livre au service d’une théorie.
Son format, sa mise en page, sa typographie et ses schémas, de la main même de l’auteur, concourent à la clarté des démonstrations. L’ouvrage sut parfaitement répondre à l’attente de son lectorat, artistes et amateurs d’art. On le retrouve dans bon nombre d’inventaires établis après décès.
Les dessins furent interprétés sur bois par Jean Le Royer, imprimeur du Roy ès mathématiques, et son beau-frère Aubin Olivier. Cinq des 58 gravures ont été imprimées sur feuillet double.
Exemplaire très bien conservé d’un livre rare, surtout en belle condition.
Il est bien complet du carton du feuillet C3.
A very attractive and genuine copy of the first edition (and only early one) of this work – rarely found complete – on perspective, which Updike calls « one of the handsomest volumes of its time. »
It is through this work that Jean Cousin became known as the major theorist of artists’ perspective in sixteenth-century France, and was credited with perfecting the tiers points technique that was somewhat confusingly described by Pelerin at the beginning of the century. In his hands the tiers point technique « became a reliable, comprehensive and substantially accurate method for tackling the construction of space and the foreshortening of solid bodies » – Kemp, The Science of Art Cousin’s work was not republished again until 1974.
« Cousin’s book is oriented toward the artist and the craftsman in the fields of painting and architecture…Cousin’s is the first treatise to include material on the drawing of the architectural orders » (Millard, French Books, 57), a fundamental skill in the toolkit of Renaissance architects.
Mortimer Harvard French, 157 (pour deux exemplaires reliés au XIXe siècle) ; Updike, Printing Types, I, p. 202 (« One of the Handsomest volumes of its time« ) ; Mark J. Millard, French Books 57 (pour un exemplaire en reliure moderne) ; Brunet, II, 339 ; Bibliothèque nationale de France, La Gravure française à la Renaissance, p. 468 (« Jean Cousin l’Aîné a été considéré de longue date comme l’une des figures majeures de la Renaissance française ») ; Didot Cousin pp. 113-118, Architectura Architecture, Textes et Images, XVIè-XVIIè siècles, Cousin ; A. de Vitry, 2002, n° 158 (pour un ex. en vélin ivoire de l’époque, dimensions : 411 x 280 mm) ; P. Berès, 2002, n°23 (exemplaire relié par Lemardeley, incomplet du dernier feuillet).
Sont reliés à la suite :
1. Caus, S. de. La Perspective, avec la raison des ombres et miroirs par Salomon de Caus, Ingénieur du Serenissime Prince de Galles.
Londres, Robert Baker, 1611, in-folio de (69) ff. dont le titre-gravé. La gravure positionnée au haut du feuillet 10 a été tirée à l’envers.
Véritable édition originale, rarissime.
En 1612 une seconde édition vit le jour, dont on connaît deux tirages ; elle est souvent présentée comme étant l’originale.
Un architecte-ingénieur, Salomon de Caus (1576-1626), au service des cours européennes. Natif d’une famille dieppoise protestante, échappant à son destin tout tracé de marin, de Caus incarne l’archétype de l’architecte ingénieur en cette fin du XVIè, proche par ses préoccupations de ses contemporains tels Simon Stevin de Bruges (1548-1620), Albert Girard (1595-1632) et Girard Desaegue (1591-1661).
Pour parfaire ses connaissances de Caus séjourne en Italie, puis occupe les fonctions d’ingénieur auprès des archiducs Albert et Isabelle, en Belgique, à partir de 1610, à la cour d’Henry de Galles jusqu’à la mort de ce dernier, à qui il dispense un cours de perspective, enseignement qui formera la trame de son livre publié en 1611. Il aurait participé auprès de Jacques Ier d’Angleterre à la conception des jardins de Richmond, Greenwich et Somerset House, talent qu’il exploita entre 1612 et 1619 pour la réalisation des jardins du château de Heidelberg, alors propriété de l’électeur palatin Frédéric V. Ce dernier contraint à l’exil en 1620 à Sedan, oblige de Caus à rentrer en France, qui se met alors sous la protection de Richelieu.
Le 30 mars 1621, il est nommé architecte et ingénieur du roi. Il dirige des travaux d’assainissement à Paris, et meurt dans cette ville en 1626, deux ans après avoir publié son traité de gnomonique.
La Perspective, avec les raisons des ombres et miroirs.., premier traité de perspective imprimé en Grande-Bretagne.
Dédié à Henry, prince de Galles, l’ouvrage répond à un plan en quatre parties. Une première traite des généralités préliminaires, la seconde, la plus conséquente, concerne la mise en perspective de figures planes et solides, de trompe-l’œil (un jardin fictif prolongeant un jardin réel), d’anamorphoses et d’inscriptions diverses en situation non frontales. La troisième décrit la mise en perspective, en fonction de la nature (ombres au soleil, ombres au flambeau) et de la position de la source lumineuse. La dernière partie s’intéresse à la mise en perspective des reflets des objets dans les miroirs plans.
L’auteur se démarqua de ses prédécesseurs par l’usage quasi exclusif de la méthode de mise en perspective dite « par double projection », contrairement à ce que l’on peut trouver dans les traités antérieurs ou postérieurs. L’autre grande originalité est la place importante qu’il accorda à plusieurs aspects annexes ou connexes de cette science : reflets dans un miroir, anamorphoses et trompe-l’œil.
Ses sources sont diverses : Euclide, Vitruve, Héron d’Alexandrie, Archimède, Serlio, Alberti… il cite aussi lui-même quelques auteurs : Euclide, Vitruve, du Bartas, Cousin au chapitre 12 qu’il corrige, Sirigatti…
L’illustration, un modèle de clarté.
Elle comporte un beau titre allégorique, 79 figures et planches interprétées sur cuivre, certaines pourvues de pièces mobiles, leur nombre variant suivant les exemplaires que nous avons consultés.
Pour notre exemplaire nous en comptons 4, celui de Gonse, aujourd’hui à l’ENSBA, en présente 5, celui de Harvard 3, le nombre idéal semblerait 6. Cette technique passe pour avoir été employée ici pour la seconde fois pour un livre anglais.
Exemplaire très bien conservé, à très belles marges.
ESTC, S. 124665 (cite 3 exemplaires) ; STC, 48687 ; Brunet, I, 1691 ; Architectura, Architecture, Textes et Images, XVIe-XVIIè siècles, Salomon de Caus ; J. Baltrusaitis, Les Perspectives dépravées, T2, Anamorphoses, pp. 19, 55, 56, 57, 59, 60, 63, 65, 86, 89, 99, 123, 128, 151, 153 et 156.
2. Quellinus, H. Praecipuarum effigierum ac ornamentorum… Prima Pars-Secunda Pars. l. s. e. 1655-[1663], 2 parties en un vol. d’un feuillet de titre gravé, un portrait, (3) ff. de dédicace, un f. de table, un f. de privilège, 5 grands plans et vues dépliantes, 49 pl. dont une non lettrée ; un feuillet de titre gravé, un feuillet de table, 51 pl. dont une non lettrée. Quelques planches jaunies.
Cet ensemble iconographique représente l’hôtel de ville d’Amsterdam avec ses façades et sculptures que l’on doit à Artus Quellinus, le frère du graveur.
Fowler, The Fowler Architectural Collection, n° 274 (pour un exemplaire incomplet) ; Berlin Katalog, 4210 (seule la première partie) – 4211 (édition de 1665).
Intéressante et rare réunion de deux traités parmi les plus importants de l’histoire de la perspective en France aux XVIe et XVIIe siècles.
L’exemplaire fut relié à l’époque dans un atelier d’Europe du Nord.
Provenance : Henry de La Tour d’Auvergne.


