Berlin, C.F. Henning, 1751.
2 tomes en 2 volumes in-12 de : I/ (7) ff., 488 pp., (1) f. d’errata, pte. déch. restaurée ss. manque p. 191 ; II/ (2) ff., 466 pp., (1) f. d’errata. Maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos à nerfs ornés de filets et fleurons dorés, double filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées sur marbrures. Reliure signée de Chambolle-Duru.
143 x 85 mm.
Véritable édition originale « fort rare et recherchée » de l’une des œuvres majeures de Voltaire, tirée à 3 000 exemplaires (Lettres de Voltaire à Walther du 28 décembre 1751).
Bengesco, n° 1178.
« L’édition de 1751, l’originale, présente deux particularités : il n’y a pas une seule lettre capitale dans tout l’ouvrage excepté en tête des paragraphes (…) C’est le premier livre imprimé tout entier avec l’orthographe de Voltaire ». (Bengesco, n° 1178).
Y songeant depuis 1732, Voltaire entreprend cet ouvrage historique à Cirey, à la demande de la marquise du Chatelet qui souhaitait pouvoir lire sans fatigue l’histoire moderne.
Ce geste galant répondait en fait au dessein profond de l’auteur : expliquer le monde de l’histoire à la lumière de l’éternelle raison.
Il dit qu’il passa trente années à s’instruire des faits principaux de ce règne.
« Sa vie accidentée l’avait mis au contact d’un grand nombre de témoins directs et de grands personnages du règne de Louis XIV, rendant ainsi très croustillantes les intrigues, et anecdotes révélées pour la première fois au public, tels « le Masque de fer » ou « le drame des poisons », et si chargées de l’atmosphère de l’époque et de l’air du temps. »
La longue maturation de l’œuvre fit ensuite évoluer Voltaire vers une étude des progrès de l’esprit humain et de l’histoire des mœurs. « C’est encore plus d’un grand siècle que d’un grand roi que j’écris l’histoire ».
« Le siècle de Louis XIV est à la fois le plus important des travaux historiques de Voltaire et une de ses plus belles œuvres. Voltaire s’y montre l’égal des grands écrivains du XVIIe siècle dont il proclame ici l’éclatante supériorité » (Dictionnaire des œuvres).
« Voltaire s’y révèle l’un de nos premiers historiens » (R. Pomeau, En Français dans le texte).
Le Siècle de Louis XIV émerveille les contemporains de Voltaire.
Dès le 17 juin 1738, Frédéric II écrivait ainsi à Voltaire : « Je vous prie instamment de continuer « Le Siècle de Louis xiv ». « Jamais l’Europe n’aura vu de pareille histoire ; et j’ose vous assurer qu’on n’a pas même l’idée d’un ouvrage aussi parfait que celui que vous avez commencé ».
L’intention de départ était de démontrer la supériorité du XVIIe siècle, « si fertile en grands esprits » et de Louis XIV, sur le gouvernement de Louis XV. Grande était l’audace de Voltaire à entreprendre une telle œuvre en 1732.
L’écrivain préfère faire paraitre l’ouvrage à Berlin, sous le patronage officieux de Frédéric II, et c’est dans cette ville que sera imprimée la première édition, par C.F. Henning, l’imprimeur du roi. Le nom de Voltaire ne figure pas sur la page de titre.
« Premier historien moderne, Voltaire donne ainsi la première grande œuvre historique où le personnage central est la nation et l’intérêt concentré sur les mœurs et non sur les batailles. Il y avait quelque audace et quelque courage à entreprendre, vers 1732, une telle œuvre. La mémoire de Louis XIV était honnie, on ne se souvenait que des misères de la fin du règne, de l’austérité des dernières années. Ce qui est remarquable, c’est qu’il ait tenté d’anticiper le jugement de l’Histoire et qu’il y ait, somme toute, admirablement réussi ; chaque chapitre est un chef-d’œuvre de lucidité, de rapidité, d’intelligence, d’esprit de synthèse » (Dictionnaire des Œuvres).
Séduisant exemplaire finement revêtu par Chambolle-Duru d’une élégante reliure en maroquin rouge.
Provenance : Genard (cat. 1882, n°858) et Léon Rattier (cat. 1920, n°196), avec ex-libris.

